Intéressante sortie que ce Means Of Production qui coïncide presque avec celle de The Horror de RJD2, autre producteur d'abstact hip-hop/downtempo, également maintes fois comparé à la référence et inventeur du genre Dj Shadow.
Avec deux albums couverts d'éloges par la presse (Cold Water Music en 1999 et Hinterland en 2002), le mancunien Andy Turner, alias Aim, possédait déjà une longueur d'avance sur son homologue américain qui n'avait pas fait l'unanimité avec son premier album, pourtant brillant, Deadringer. Une avance qui risque de s'accroître, compte tenu des choix de chacun concernant ces nouvelles sorties.
Sur Means Of Production pas de remixes, pas de vidéos, ni de versions instrumentales, mais uniquement dix singles datant de 1995 à 1998, soit avant la parution du premier album du mancunien. Sachez, pour la petite histoire, que cette compilation de singles était déjà sortie, mais en tirage ultra-limitée, l'originale ayant été détruite par accident lors du pressage des disques.
Dès la première écoute, certains titres se démarquent clairement des
autres. Ainsi, on ne peut résister aux basses claires et aux beats calmes de Let The Funk Ride, qui sont habilement soutenus par des scratches puis quelques notes de guitare. De même, les breakbeats vifs mêlés à des cuivres et à des boucles vocales font des merveilles sur Loopdreams.
Aim use d'une palette d'influences suffisamment large pour ne pas tomber
dans le piège de la répétition. La combinaison beats/boucles vocales/samples d'instruments, appliquée pourtant de manière un peu trop systématique à chaque morceau, réussi à faire naître des ambiances, des climats différents sur chaque titre. On navigue donc avec plaisir des percussions jungle de Concentate vers le tandem saxo-piano jazzy de Phantasm en passant par les sonorités plus pop de Just Passin' Through.
Une des grandes forces de ces compositions, outre leur construction
sophistiquée mais très accessible, est leur aspect vocal, uniquement basé
sur des samples très courts, à peine quelques mots, qui constituent une
sorte de dialogue, dans lequel chaque protagoniste prend la parole par
bribes de phrases. Ce procédé, en jouant notamment sur le timbre des voix utilisées, vient, par exemple, renforcer l'atmosphère intrigante et sombre
de Diggin Dizzy, qui, avec ses violons lancinants et ses basses
omniprésentes mais discrètes, est à rapprocher de Demonique (morceau déjà présent sur Cold Water Music).
Peu de déceptions sur cette compilation. Original Stuntmaster, à grands renforts de discours folkloriques, de chants typiques samplés et de guitare, nous télescope dans une ambiance country digne du film O'Brother, les beats hip-hop en plus. Le résultat, surprenant, a du mal à être pris au sérieux. On regrette également, que l'intro de Soul Dive, à trop vouloir utiliser des cuivres, sonne un peu trop criarde.
En définitif, les morceaux d'Andy Turner, bien qu'identiques sur la forme, s'opposent sur le fond aux travaux de Dj Shadow sur Endtroducing.... Pas d'ambiance noire et inquiétante, pas de tension sous-jacente chez le mancunien, mais au contraire une musique éclairée qui évoque la quiétude de grands espaces, de magnifiques paysages, semblables à ceux qui ont pu illustrer ses disques. Une invitation au voyage, comme semble si bien le suggérer la pochette.
Guillaume Benard, 05/2003
Grand Central/PIAS, 2003
Loopdreams
Diggin dizzy
Let the funk ride
Original stuntmaster
Concentrate
Just passin' through
Soul dive (all city mix)
Phantasm
Coast road
Demonique
