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Air, 10 000 Hz Legend

Air, le célèbre duo français, fut à l'origine de l'engouement mondial pour la "french touch" grâce à leur premier album Moon Safari, doucereux disque d'easy-listening mélodique. The Virgin Suicides, disque bien plus sombre et mélancolique évoquait plutôt Pink Floyd et les B.O. à la française. Tous les fans de la première heure étaient donc en droit de les attendre au tournant pour la difficile étape du deuxième album.

Electronic Performers. Boite à rythme electro et accords de piano laissent une drôle d'impression. Evoquant un happy end en technicolor, le morceau laisse l'étrange impression d'un dénouement prématuré.

How Does It Make You Feel ? Une guitare sèche s'oppose une voix venue d'un vocoder. Le refrain lascif et surchanté nous rappelle nos meilleurs souvenirs de jeunesse, à fredonner un air innocent des Beatles. Reste que derrière ses apparats de chanson pop, How does it make you feel laisse un sentiment de mélancolie sous-jacente.

Radio #1. Tout le monde connaît déjà le single de l'album, qui ne laissera pas une trace impérissable dans l'histoire du duo.

The Vagabond arrive en renfort, en la personne de Beck, longeant les routes interminables du grand ouest, une guitare sur le dos et un harmonica dans la poche. Nous serions presque tentés de faire un bout de chemin avec lui, frappant des mains en rythme, ravi de voir que de nos jours, les artefacts de la country restent encore efficaces.

Radian fait dans le spirituel hindouiste, encens en prime. Les lentes oscillations d'un synthé plaquées en ligne de fond, les rythmiques tribales et les vocalises improvisées développent cette ambiance méditative. L'apparition soudaine de cuivres, soulignée par une basse groove, fait immédiatement penser aux standards soul de la Motown. Une franche réussite.

Lucky And Unhappy. Riff technoïde et guitare sèche -encore- pour un morceau en demi-teinte et au final peu convaincant.

Sur Sex Born Poison, mélodies s'assombrissent. Les violons hautement cinématiques amènent le morceau dans une explosion étrange accompagnée par une voix féminine, celle des Buffalo Daughters, et agrémentée de bleeps électroniques façon Game Boy.

People In The City, malgré un sujet on ne peut plus contemporain, fait parti de ces morceaux qui ne toucheront pas grand monde, à l'instar de Radio #1... tant pis pour lui.

Wonder Milky Bitch fait dans le contrasté, avec ses bruitages de dessin animé et ses synthés de film d'horreur. Apres cette brève introduction, le morceau démarre comme un bon vieux blues. "This is the story of a country girl" chante le crooner synthétique. Le terme monstrueux est assez bien adapté à ce morceau : une association complexe de styles différents réalisée avec une aisance déconcertante.

Don't Be Light, composition de bossa nova épique, ajoute une touche plus rythmique au disque. Une guitare saturée tout à fait rock finira de nous laisser incrédule devant un tel déluge sonore. "Don't be light" répété en leitmotiv nous met la puce à l'oreille : les membres d'Air seraient-ils complètement allumés ? Le morceau s'achève sur un sifflotement signé Jean Croc...

Caramel Prisoner. Longue plage de synthé en accords mineurs, ce morceau instrumental concluant l'album fait tout pour nous plonger dans des abîmes de réflexion métaphysique... Désormais, on se méfiera du caramel.

En résumé, Air, malgré des influences très marquées, conserve une profonde authenticité. Toujours sur la brèche, totalement perdu dans l'espace-temps, les versaillais venus de la Lune nous ouvrent la porte vers un univers bien à eux. Et malgré quelques ombres au tableau, on sera ravi d'y pénetrer.

Thomas, 10/2001

Source, 2001

Electronic Performers
How Does It Make You Feel?
Radio 1
The Vagabond
Radian
Lucky And Unhappy
Sex Born Poison
People In The City
Wonder Milky Bitch
Don't Be Light
Caramel Prisoner

Air, 10 000 Hz Legend
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