Tous ceux qui auraient raté les rares passages en France du platiniste californien l'année dernière, suite à la parution de son dernier album studio, peuvent, à défaut de s'offrir une véritable séance de rattrapage, se faire une opinion sur la qualité des shows de cette légende de l'abstract hip-hop. En effet, aucune trace ici des récentes compositions telles que Six Days ou Fixed Income, ces 55 minutes de live ayant été enregistrées bien avant la parution de The Private Press. La déception n'est pourtant pas au rendez-vous.
Josh Davis démontre sur les premiers morceaux enchaînés toute l'étendue de son talent. Il joue sur les vitesses des différents instrumentaux, hache les voix à la manière d'un Prefuse 73, déconstruit les rythmiques, scratche les samples pour aboutir à un ensemble imposant mais convaincant, qui navigue entre l'expérimental et le festif, en passant par le funk. Il risque cependant d'en déconcerter plus d'un car l'habituelle finesse des productions studio s'efface quelque peu en live.
Ce n'est que sur les quatre derniers morceaux que l'on reconnaît certaines rythmiques, le californien piochant tour à tour dans Endtroducing et dans les divers projets auxquels il a participé. I've Changed My Mind, présent sur la compilation Spectrum de son collectif hip-hop Quannum, est débarrassé des flows de Lyrics Born et des Poets Of Rythm pour ensuite être largement scratché et remixé, tandis que le Guns Blazing (Drums Of Death Part 1) d'Unkle est mixé avec le chant de Richard Ashcroft sur Lonely Souls. Le sommet du disque reste cependant la judicieuse confrontation entre la rythmique de Building Steam With A Grain Of Salt et les différents samples du Unkle Main Title Theme, tant la cohérence du résultat impressionne.
Au milieu de ce melting-pot sonore, Shadow glisse sa toute première composition, sur laquelle, entre deux scratchs, on peut entendre le sample suivant: "Go out and buy this record". Tout est dit.
Guillaume Benard, 01/2003
Mothers Milk/Import, 2002
(NDLR : A noter cependant que ce disque a été dénoncé par DJ Shadow lui même sur son site officiel comme étant un bootleg dont il n'approuve pas la vente, préférant même que ses fans le télécharge...)
