Au départ, j'étais légèrement dubitatif au sujet de Blueberry Boat. Quelquesexpressions ont le don de m'inquiéter: The Fiery Furnaces vient de sortir unalbum de rock-opéra. Le tracklisting n'est guère rassurant : les chansonsexcédant les 5 minutes y sont nombreuses. Face au revival post-punk, les FieryFurnaces exhument le baroque et la folie des grandeurs de the Who.Néanmoins le disque est étonnamment bon.
The Fiery Furnaces met vite de côtél'esthétique pompière que l'on pouvait redouter, et préfère démultiplier lespistes dans ses titres aux ramifications insaisissables. Il y a dans cet albumune myriade de thèmes différents, de refrains cachés et des mélodies enabondance. Si bien qu'après quelques écoutes, on reste aux aguets rivé auxspeakers, attendant qu'un nouveau mouvement s'insinue au beau milieu d'uneinvraisemblable stratification de synthés, qu'une ballade au piano intercepteen plein vol un solo de guitare électrique.
On en vient à penser que Blueberry Boat résulte d'un montage d'innombrablessessions de studio, évoquant à la fois la candeur psychédélique d'un Syd Barretet la folie d'opérette d'un Kurt Weil.
Le duo s'approche de la prouesse lorsqu'il parvient à intégrer au sein d'uneseule piste (pouvons-nous encore réellement parler de morceau ?) une telleprofusion d'idées qu'il devient impossible d'espérer voir perdurer un mouvementen l'état plus d'une minute.
Les Fiery Furnaces parviennent à nous mener en bateau (le mal de mer est parfoisproche), en développant une composition fragmentée, un art de la rupture et dela juxtaposition qui contamine l'album de part en part. Blueberry Boat est une perle brisée et kaléidoscopique, mais n'en est pas moins étincelant.
Thomas, 02/2005
Sanctuary/Rough Trade, 2004
