Fog. Sous ce code brumeux et glauque se dissimule en fait un homme timide et solitaire nommé Andrew Broder. Notre énergumène a connu la musique tôt. Dans le Minnesota, il usait déjà de sa guitare sur le petit groupe post-rock Lateduster dans l'anonymat le plus total, par simple passion. Seulement quand on a comme ami le rappeur Dose One de l'armada Anticon, on a toutes ses chances de percer, surtout quand Ninja Tune vous tend la main grâce à ce dernier.
Après un maxi éclaireur est enfin arrivé Fog, album éponyme au son carrément tordu. Mélange improbable entre rock, folk et hip-hop, la musique d'Andrew Broder n'est pas réellement accessible de prime abord, d'autant qu'elle baigne dans une ambiance volontairement rustique. On ne s'étonnera donc pas d'entendre les micros grésiller, les scratches se louper une fois sur deux et la guitare s'étouffer de temps en temps. Fog, c'est du son de cave, comme si son auteur voulait pousser l'underground à son paroxysme. Et pourtant, le musicien réussit sans conteste à nous imprégner de son univers poussiéreux et de ses mélodies efficaces. A condition bien sûr que l'on accepte de s'impliquer un minimum dans cette mare enfumée.
Quelques titres chantés parsèment cet édifice essentiellement instrumental, notamment Pneumonia, seul hit évident de l'album aux sonorités pop-rock. Une petite merveille. Mais si la tension morbide de Truth And Laughing Gaz est aisément identifiable et accrocheuse, en revanche Check Fraud verse dans le ridicule avec un sample de banjo complètement ringard et toute une galerie de sons démodés au possible. Humour? Le reste de l'album est constitué de morceaux plutôt réussis, quoique très hétéroclites, relevant d'une profonde volonté d'expérimentation. Car c'est bien là le propos de Fog: explorer de nouveaux mélanges, ici le rock, la folk et le hip-hop. A noter que le célèbre mc MF Doom fait une petite apparition sur le titre d'introduction.
Au final, Fog s'avère bien difficile à classer tant il échappe aux étiquettes traditionnelles. Le genre de disques qui ne s'offrent à l'auditeur qu'après plusieurs écoutes attentives, et qui n'en deviennent que plus précieux une fois le message saisi. Le tout manque souvent de direction globale mais l'important est là: une identité à part, un son original et la spontanéïté d'un gamin tripotant ses platines à l'arrache. Fog, c'est bizarre. Mais c'est bien.
Amrith, 10/2002
Ninja Tune/Pias, 2002
A word of advice
The smell of failure
Pneumonia
Fuckedupfuckfuckup
Check fraud
Hitting a wall
Fool
Truth and laughing gas
We' re a mess
