Impossible de parler du dernier disque de Gonzales sans évoquer un moment le personnage. Auto déclaré "the worst MC" dans son premier album, ce juif canadien exilé à Berlin joue à fond le rôle de la superstar lofi, vêtu de son sublime costume rose bonbon à la Tex Avery.
Après avoir eu l'immense honneur d'approcher de près ce géant à la pilosité impressionante lors d'un show case organisé à l'occasion de la sortie de l'album, je peux vous dire que notre ami Chilly assume pleinement son rôle. Assis derrière un Fender Rhodes au son éreinté, un cigare factice fièrement collé aux commissures des lèvres, Gonzales, constamment à la limite du fou rire, enchaîne chansons mélancoliques de crooner et rap endiablé avec un sens sur-développé du ridicule et de l'absurde. Gesticulant à moins d'un mètre de son public, jouant étonnamment bien de son clavier, Gonzales en rajoute en se moquant ouvertement des Daft Punk ("my new friends in Paris") en interprétant une reprise ringardissime du Too Long final de Discovery. Après avoir salué l'assemblée, le sieur mettra fin à cet évènement plus proche du happening nihiliste que du véritable concert en partant en peignoir dans une magnifique voiture de luxe, rose évidemment, arborant les initiales de Chilly Gonzales. Top classe.
Gonzales est donc un clown doublé d'un talentueux pianiste. Cela, on le savait déjà depuis son premier album, Uber Alles. Son hip hop mélodique et bancal nous avait alors révélé un personnage sympathique, volontiers provoc et délicieusement décalé.
Mais pour Presidential Suite, les choses s'affinent. Du débile et jouissif Take me to Broadway au sombre Political Platform Shoes, le paysage émotif de Gonzales s'étoffe. Les sons semblent vieillis, les mélodies complètement surannées. L'utilisation d'instruments gadgets comme le melodica insiste encore plus sur cet aspect volontairement vieillot de l'album et lui insuffle une mélancolie contrastant étrangement avec le délire vintage de certains titres.
Derrière les paillettes grotesques du showman en campagne, Gonzales révèle un peu plus de sa personnalité hantée par une impressionnante mégalomanie. La répétition de ses comiques allusions à ses malformations génitales nous renseignent plus précisément encore sur ses accès de mégalo aigue : "But I'm also known as/ Trilogy cause I got three gonads", "I got an extra testicle".
Drôle, mélancolique, mégalo et même politique, voilà le nouveau visage d'un Gonzales plus complexe, finalement bien plus éloigné que l'on pourrait penser du stade primaire de l'amuseur public que l'on retrouve dans le clip hilarant de Take me to Broadway.
Reste à savoir si Gonzales ne fait qu'interpréter un nouveau rôle ou s'il commence à se retrouver dans des morceaux plus proches de la chanson hybride que dans le hip hop plus pur des débuts. Il y a-t-il un coeur derrière ce costume rose ? En tout cas, malgré son mauvais goût évident, je déclare Gonzales élu dès le premier tour.
Thomas, 04/2002
Kitty Yo/Delabel, 2002
So-called Party Over There
Shameless Eyes
Scheme And Variations
You Snooze You Lose
1000 Faces
Political Platform Shoes
Take Me To Broadway
The Joy Of Thinking
Decisions
Chilly In F Major
Starlight
Bottom Of The Pops
Salieri Serenade
Headstone Park
Melodika
