Fuzati dérape.
Facilité que ce jeu de mots qui se retrouve de critique en critique depuis que le rap existe. A se demander l'utilité de l'employer pour la énième fois enparlant d'un emcee français atypique qui ne se gène jamais pour prendre àcontre pied les canons établis du hip-hop. C'est parce qu'au delà, une questionde fond se voit soulevée.
Vive la vie conte les déboires d'un Fuzati se posant selon certains comme figure de la misère humaine dont les divers aspects seraient développés dans lacontinuité des thèmes évoqués et qui reflèterait tout un chacun, soit: noustous, unis. Cet album s'apparente à une dissertation d'histoire alignantdifférents sujets pour justifier le passage entre vie et mort. Et finalement,c'est à ce niveau là que tout dérape, que tout rate. La construction de l'albumvole en éclat à l'enregistrement. L'interprétation par Fuzati de ses morceauxtransforme le sens, change les émotions qui s'en échappent au lieu d'endécouler. Les boucles et scratchs qui émaillent la composition desinstrumentaux disparaissent sous les paroles qui sont les seules à conserver laprécision post-enregistrement de l'encre sur une feuille. De tout ce travail enamont, il ne reste plus qu'une marque, celle qui manque toujours aux groupes derap français, celle de l'écriture. Ecriture précise que Fuzati ajuste etpourtant, ces termes prennent d'autres significations lorsqu'il les prononce.Par le ton qu'il emploie, il finit par métamorphoser le thème d'une chanson enson contraire. De l'amour à la haine devient ainsi d'une tristesse infiniealors que d'Un peu seul sort un cynisme féroce.
Fuzati réalise son album sur une table, passant plus de temps à regarderAnne-Sophie qu'à se concentrer sur sa copie. Chaque mot déconstruit ce qu'ilveut dire et, concluant sa copie, il la rend avec un sens différent au courssuivi. Même s'il peut être sûr d'être recalé par la profession, Fuzati inventeen détruisant son album.
Nicolas, 03/2005
Record Makers/Virgin, 2004
