Sans exagération, on peut dire que Massive Attack fait partie des rares groupes encore en activité à avoir signé un disque révolutionnaire et emblématique de toute une époque. Avec Blue Lines, ce trio originaire de Bristol, non content de rencontrer un succès public et critique inattendu, définit également le son de tout un mouvement qui allait suivre: le trip-hop. Loin de s'enfermer dans un genre, ces artistes singuliers réussirent avec leurs deux albums suivants à être à la hauteur de ce statut presque déjà mythique, tout en continuant de faire évoluer sa musique.
Nous en étions donc restés à Mezzanine, opus aussi sombre et torturé qu'inoubliable. Depuis lors, beaucoup de choses ont changé au sein du groupe (lire notre article sur la genèse de 100th Window), et les tensions internes, moteur de création autant que d'autodestruction, ont fini par avoir raison de son unité. Mushroom écarté, Daddy G en congé sabbatique, seul 3D a finalement accepté le défi du quatrième album. C'est donc avec reconnaissance mais aussi appréhension que l'on aborde ce disque, en songeant que beaucoup de groupes, à leur place, auraient déjà rendu les armes.
Difficile à l'écoute de 100th Window de faire le lien avec leur premier album. Aucune trace des breakbeats souples et autres samples de musique noire américaine, mais place aux sons synthétiques minimalistes, riffs de guitares torturés et autres rythmiques martiales sur boites à rythme électroniques. Seules des cordes orientalisantes et une basse implacable viennent troubler cette atmosphère glaciale. Les effets sonores font littéralement palpiter le son, les voix semblent passées dans d'obscurs traitements, alors que des blips et autres découpages numériques évoquent les travaux de Matmos.
Mais qu'on ne s'y trompe pas: si le son est comme à l'accoutumé enveloppant et franchement énorme, en aucun cas cette (super) production n'arrive à cacher la faiblesse des compositions, véritable écueil de ce nouvel album. Là où le groupe nous avait habitué à de véritables hymnes urbains, interprétés par des chanteuses inoubliables ou rappés avec un style unique, il faut ce contenter ici du long ânonnement nasal de 3D et des vocalises d'une Sinead O'Connor plus proche du stéréotype rock pour radio que de Liz Fraser, le tout étant placé sous un déluge de basses répétitives. Les morceaux défilent sans vraiment laisser d'empreinte dans notre mémoire, et on finit même par se demander si 3D n'a pas laissé les machines du studio en pilotage automatique...
Quelques chansons viennent tout de même nous sortir de notre indifférence polie. Future Proof, titre d'ouverture mêlant electronica et boucles rock minimalistes de façon inédite, est l'une de ces bonnes surprises. Special Cases, avec ces cordes envoûtantes et son ton vindicatif, séduit par son atmosphère paranoïaque et mystique. Hélas, on ne trouvera pas d'autres véritables sommets, malgré les renforts de cordes orientalisantes omniprésentes. Même Horace Andy semble obliger de se contenter du minimum syndical musical.
Indéniablement, Massive Attack, réduit à son dernier membre actif et usé par dix ans de créativité, n'est plus le groupe qui signa Blue Lines. Et même si ce disque est à ce jour la plus faible de ses productions, il se laisse écouter sans trop de difficulté, tout en nous laissant espérer secrètement que le prochain album, pour lequel on parle d'un retour de Daddy G, soit celui qui répondra à nos espérances.
Florian, 03/2003
Virgin, 2003
Future proof
What your soul sings
Everywhen
Special cases
Butterfly caught
A prayer for England
Small time shot away
Name taken
Antistar
