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Massive Attack, 100th Window, genèse d'un album

Depuis sa naissance au début des années 90, le parcours de Massive Attack n'a pas été un long fleuve tranquille. Chaque album a été le fruit de remises en question, de recherches hasardeuses et de conflits incessants. 100th Window, quatrième album à sortir des entrailles de ce non-groupe complexe, n'échappe pas à la règle. Histoire d'une genèse difficile et improbable, menée par le dernier rescapé de cette aventure musicale.

Daddy GBristol, fin des années 80. Cameron McVey, mari et manager de la chanteuse Neneh Cherry, rencontre trois jeunes DJ et producteurs issus d'un sound-system local (The Wild Bunch). Pressentant un succès discographique possible, il leur propose d'aller en studio pour composer un disque. 3D se souvient: "Cameron McVey a senti un potentiel en nous et il nous a proposé de travailler ça. Nous ne le voulions pas vraiment, nous n'étions pas au bon endroit pour ça et ce n'était vraiment qu'un essai, mais ça a fonctionné." Cet essai fût baptisé Blue Lines et il posa ni plus ni moins que les bases du grand melting-pot sonore des années 90.

Mais à peine le succès consommé que les contradictions les rattrapent. Après le succès de Blue Lines, le groupe décide de prendre son indépendance vis à vis de Cameron McVey, mais sans vraiment savoir dans quelle direction aller. Le départ de la chanteuse Shara Nelson n'arrange pas les choses. "Nous avons alors été obligé de tout reconstruire à nouveau, c'était comme un essai en perpétuelle évolution. Ca a vraiment été très stressant car nous n'étions pas une unité cohérente de personnes qui travaillent dans la même direction ou qui ont une vision commune. Nous n'étions pas un groupe."

Appuyés par leur ami et producteur Nellee Hooper, confortés par des chanteurs de talent, les trois musiciens s'enferment en studio, redéfinissant à nouveau les contours de leur musique. En 94, l'album Protection voit le jour. Moins révolutionnaire mais d'un génie mélodique et sonore remarquable, il marque une nouvelle étape pour le groupe. Alors que beaucoup d'autres artistes se seraient installé dans ce style confortable et terriblement en phase avec son temps, la remise en cause et le conflit deviennent presque les mots d'ordre au sein du groupe.

En 1998 paraît Mezzanine, leur troisième album. Fruit de tensions incessantes au sein du trio, il surprend par sa noirceur et ses relents post-punk. Un nouveau chef-d'œuvre mais dont la gestation a encore une fois été pénible, aucun morceau n'ayant été vraiment composé à trois. Certains désaccords deviennent même très difficiles à gérer. "Je pense que Mezzanine a été fait avec l'envie de créer une musique plus live, avec plus de guitare et de batterie, explique 3D. Je souhaitais m'éloigner des éléments très soulful qui faisaient notre son, car je sentais que toutes les musiques que j'écoutais m'apportais une certaines chaleur et sécurité. Je voulais faire quelque chose de plus froid car c'est comme cela que je me sentais. En fin de compte c'est ce qui a provoqué le clash entre Mushroom et moi, car nous étions en total désaccord sur ce point." Malgré tout le groupe échappe de justesse à la séparation.

Après une tournée couronnée de succès, le trio réfléchit à son quatrième album. Lassé de ne pouvoir exprimer sa sensibilité musicale, plus proche des musiques noires, Mushroom quitte le groupe en 1999, laissant Daddy G et 3D seuls aux commandes. Les deux compères décident de reprendre le concept mis en œuvre lors de l'enregistrement de Mezzanine: "Nous avons essayé, enfin c'était probablement entièrement de ma faute, raconte 3D, nous avons essayé de prendre un grand nombre de petites boucles et d'idées qui étaient principalement basées sur un jam retro-psychédélique entre les musiciens de Lupine Hell (ex-Spiritualized). A partir d'environ vingt heures d'enregistrements, nous avons essayé d'en extraire des petits morceaux et de les disséquer pour en faire de la belle musique, mais ça a été un désastre complet. Nous perdions l'essence même de ces sons, leur sens."

Construisant en vain jusqu'à quatre-vingt morceaux, les deux musiciens finissent par sentir qu'ils ne vont pas dans la bonne direction. "Nous étions en train de perdre tout intérêt dans ce que nous faisions, explique 3D, nous avions tous deux envie de vivre des choses différentes, en dehors du groupe". Daddy G s'éloigne alors franchement de Massive Attack, préférant se consacrer entièrement à sa vie familiale et personnelle. Pour 3D, c'est presque un soulagement: "Honnêtement, Grant avait de bien meilleurs choses à faire, commencer une nouvelle vie a vraiment été merveilleux pour lui."

3D3D se retrouve alors seul en studio, juste épaulé par le producteur Neil Davidge, qui avait déjà oeuvré sur Mezzanine. Mécontents des nouveaux morceaux, ils décident de tout recommencer à zéro. 3D: "Nous nous sommes mis au travail avec Neil, sans trop réfléchir... nous avons commencé à programmer des boites à rythme, à jouer du clavier, utilisant des tous petits extraits des jams, pour écrire de nouvelles chansons. C'est comme ça que l'album est né, très rapidement, entre janvier et avril 2002."

Pour ce nouveau disque, 3D a également décidé d'abandonner complètement les samples provenant d'autres disques. Lassé par les problèmes juridiques, il affirme aussi vouloir essayer de se séparer complètement d'une culture DJ dont les techniques ont été pillées à outrance. "Depuis Blue Lines, tout le monde a construit des morceaux à partir de samples, et c'est vraiment devenu ennuyeux". A cette technique il préfère les outils sophistiqués des studios modernes. "Je pense que le fait d'utiliser des ordinateur avec de plus en plus de puissance et de mémoire nous permet d'enregistrer plus de musique live. On peut enregistrer plus d'instruments, comme par exemple des violons ou une harpe, puis revenir en arrière, réarranger et mélanger les sons, ajouter d'autres couches puis les déconstruire... sans la puissance des ordinateurs actuels, cela prendrait une éternité à faire."

Au delà des heures d'expérimentation, Massive Attack a toujours été un lieu de collaboration avec d'autres musiciens, comme un remède à son autodestruction. Shara Nelson, Tricky, Tracey Thorn, Nicolette, Liz Frazer, autant d'artistes talentueux qui ont enrichi le groupe, signant au passage quelques-uns des plus beaux morceaux de Massive avant de repartir pour d'autres projets. Seul Horace Andy, fidèle compagnon de la première heure, aura survécu à tous ces remaniements de personnel. Sur deux morceaux de 100th Window, il illumine le disque de sa voix douce et presque rassurante.

Mais la rencontre clé de ce nouvel album est sans aucun doute celle avec Sinead O'Connor. "Nous avons pensé à elle car c'est quelqu'un qui possède une émotion brute et réelle dans sa voix, ainsi qu'une vraie personnalité. Travailler avec Sinead a vraiment été rassurant et excitant, car elle est toujours en contact avec le monde, elle prend position par rapport à la société et aux institutions, et je me sentais très proche d'elle la dessus." Selon la tradition désormais établie, cette nouvelle chanteuse apporte aux morceaux de 100th Window un style personnel, plus rock et militant.

3D écrit également beaucoup de textes pour ce disque. L'écriture et le chant sont l'occasion de remises en question profondes. "J'étais vraiment inquiet à l'idée d'aller en studio, car j'avais peur de ne pas faire les choses bien", explique-t-il. Il décide finalement de faire s'y prendre de façon très instinctive, rompant ainsi radicalement avec son style passé: "Toutes les paroles enregistrées pour cet album ont été écrites dans l'instant, après une nuit de fête. C'était vraiment naturel par rapport aux précédents disques où tout était très construit, avec beaucoup de découpages et de collages comme j'aimais le faire. J'ai voulu rompre avec ça, ne plus utiliser autant de mots alors que je pouvais dire la même chose, aussi abstrait que ça soit, en moins de lignes."

Finalement publié, 100th Window se révèle décevant, et si l'énorme travail de studio est effectivement palpable à travers un son tout simplement monstrueux, les compositions ne se révèlent pas à la hauteur des hymnes signés par le passé (lire notre chronique).

Comme à l'accoutumée, et après une tournée mondiale de rigueur, se reposera la question de l'existence du groupe. Car si 3D évoque des collaborations en préparation avec Tom Waits et Mos Def, ainsi qu'un retour aux affaires de Daddy G, tout reste à faire... ou à "reconstruire".

Florian, 03/2003

Commentaires - Ajouter un commentaire

JoeyStra, le 16/02/2009:
Je trouve que la tension qui semble avoir été là lors de la création se retrouve bien à l'écoute de ce disque ténébreau

URRACO, le 29/09/2003:
Je ne suis pas d'accord avec ceux qui fusillent ce CD. Il vaut mieux une tentative de survie du groupe que plus rien du tout. OK c'est bien différent des 2 premiers opus, mais vu les conditions d'elaboration des morceaux, le son est superbe, l'ambiance onirique, en ce qui me concerne j'ai "accroché" immédiatement (superbe "future proof!!") sur les 3/4 du disque et je trouve qu'il transmet une profonde émotion. Enfin,pour ceux qui disent que c'est pauvre en mélodies, ont il bien ecouté "a prayer for England"?

mung, le 22/07/2003:
moi mon avis c que 100th Window est tt simplement magique ,plus personelle ,plus profond je le trouve tt simplement divin . le groupe a rencontré des difficulté interne mais ce qui en resulte c du pure bonheur j ai eu la chance de pouvoir les voir a nîmes et ben franchement c est le meilleur concert que j ai fait est j en ais fais pas mal (beastie,bjork,trickyetc...) ca ete 2h de pure joie, le concert sonné vraiment live les musiciens ont joués a coeur ouvert c ete vraiment magique en plus dans les arenes vous imaginé. voila mon avis personnelle long vie a Massive Attack et je les remerciré j amais assez pour m avoir fais partagé leur emotions mille merci

artiscope2001, le 02/05/2003:
j'ai acheté l'album non sans hésitations et je partage l'avis de certains internautes, la signature claustro-musico-tripo hip-hopo est resté la même du tout bon massive attack

Alex, le 01/05/2003:
Je n'ai pas un avis aussi négatif sur 100th window car c'est le seul lien qui reste du passé, même s'il ne reste que 10% du groupe (30 pour 3D et 10 pour Horace ) la signature sonore est toujours là. Pas forcément sur tous les morceaus mais sur un bon nombre. Son écoute m'apporte toujours cette démicate trans' bercée ouate et de sueur froide. Le concert était de toute beauté, j'en ai pris plein les oreilles et pleins les yeux, un festival de sons et de lumière que je ne suis pas prêt d'oublier. Et que Massive vive !

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