New Forms

Massive Attack, Zénith de Paris, 23 avril 2003

Massive Attack, Zénith de Paris, 23 avril 2003
Photo: Julien Barrau (autres photos sur son site Massive Media)

La partie était jouée d'avance pour le groupe de Bristol: porter sur scène un album acclamé aveuglément par la grande majorité de la presse spécialisée ou non (couverture de Trax, rédacteur en chef le temps d'un numéro des Inrockuptibles, trois pages d'articles dans Télérama, etc...), et donc logiquement plébiscité par le public (des milliers exemplaires de 100th Window vendu en quelques semaines, les trois dates du Zénith sold-out depuis plus d'un mois).
Pourtant, pour les fans qui suivent le groupe depuis leurs débuts et qui ont déjà pu assister à une de leurs prestations scéniques, les choses se compliquaient quelques peu. Après une tournée consécutive à Mezzanine assez calamiteuse, qui ne restituait en rien les émotions du troisième album et des précédents, et après une attente interminable de cinq ans ayant débouchée, non seulement sur la désertion du groupe de deux des trois membres fondateurs, mais également sur un quatrième album dont la moitié des titres sont totalement insipides, Robert Del Naja, alias 3D, seul aux commandes du nouvel opus, était sérieusement attendu au tournant.

La première partie ne viendra pas me rassurer.
Devant une salle comble, venue pour assister à un concert trip-hop et électro, Dot Allison accompagné d'un illustre inconnu livrera un set acoustique guitare-chant totalement hors sujet, bien que très correctement exécuté, pendant plus d'une demi-heure, temps au bout duquel le duo a été contraint à l'abandon face aux sifflets et autres protestations des spectateurs.
A cela s'ajoute une attente de plus de trois quart d'heure entre la fin de la première partie et le début de la prestation de Massive Attack, durant laquelle on essaye de faire patienter le public avec des samples instrumentaux des dernières compositions, déjà entendus sur la nouvelleversion de leur site.
Autant dire que lorsque les lumières s'éteignirent enfin et que les musiciens prirent place, il fallait une sacrée dose de talent pour faire oublier que ce désastreux début de soirée était facturé 40 euros.

Pour être honnête, le premier morceau, Future Proof qui ouvrait également100th Window, déçoit. La violence du son paraît peu adaptée à l'ambiancemoderne et froide de la composition, qui était une des bonnes surprises decette nouvelle livraison, et 3D semble se contenter du minimum ne prenantpas la peine de véritablement chanter comme il le fait sur l'album. Cependant, la relative faiblesse de l'interprétation est compensée par des visuels intéressants. Succédant à la noirceur de Mezzanine, album pour lequel la formation avait opté pour des concerts aux ambiances très sombres, 100th Window dépeint un tout autre univers, moderne, froid,paranoïaque et claustophobe, rapellant l'esthétique du film Matrix. Sur l'écran géant défilent donc des chiffres, et des caractères, sans sens particuliers, du langage binaire, donnant l'impression d'avoir à faire à un écran ordinateur. On aura le droit, plus tard dans la soirée à des extraits de l'actualité, aux dernières tendances de la bourse, et même à la météo. Letout est difficile à retranscrire par écrit, mais ces visuels étaient un despoints forts du concert, chacun s'adaptant à merveille au style et même aurythme du morceau qu'il accompagnait.

Après Name Taken, fade visuellement et auditivement, interprété par unHorace Andy pourtant égal à lui-même, arrive un des grands moments duconcert. Risingson, premier single et pilier de Mezzanine, est d'autant plus marquant qu'il célèbre le retour dans la formation bristolienne deGrant Marshall, alias Daddy G, grand absent de l'album mais néanmoinslargement acclamé par le public. Sur l'écran géant s'affichent de haut en basdes séries de langage binaire jusqu'à la première pause du morceau, où leschiffres laissent place à une longue inscription en arabe sur fond blanc,qui s'effacera, dès que le rythme reprendra, pour laisser apparaître uneséries d'interrogations narquoises, défilant en boucle de bas en haut, quel'on imagine adressées à Tony Blair et Georges W. Bush, et à ceux qui onttenté de faire taire le groupe et ses engagements pacifistes lors del'assaut en Irak, usant d'obscures accusations de détention d'imagespédophiles par 3D.
"Le terme ONU est-il toujours approprié?"
"Où sont les armes de destruction massive?"
"Le monde est-il plus sûr maintenant?"
Ovation.

Durant presque deux heures, et deux rappels, le groupe jouera une partie desmorceaux du dernier album dont Everywhen, Antistar, Special Cases -interprété non pas par Sinead O'Connor mais par Dot Allison qui se chargeraégalement de Teardrop - Inertia Creeps, Angel, Mezzanine, maiségalement Safe from Harm, chanté par Deborah Miller, ou encore UnfinishedSympathy et Hymn Of The Big Wheel.

Cependant, l'imposant dispositif sonore et visuel utilisé, qui surprend chezun groupe de ce style, est à double tranchant. Si certaines compositions enbénéficient, se trouvant ainsi revalorisées (on pense notamment à ButterflyCaught, transparent sur le dernier album, qui prend vie grâce aux effetsvisuels et à la puissance sonore, allant même jusqu'à donner l'envie deredécouvrir la version studio du titre une fois le concert fini), d'autresen revanche, en pâtissent. C'est le cas de Black Milk notamment, titrevéritablement crépusculaire de Mezzanine, ici noyé sous un déluge debasses où se perd la magnifique voix de la chanteuse. Dommage.
Pourtant, le tracklisting, assez intelligent, semble tenir compte de cefacteur, tant la majorité des titres séduisent.

Le final du deuxième rappel sera tonitruant (peut-être même un peu trop augoût de certains). L'instrumental qui vient clôturer Group Four est torturépendant quelques minutes par l'ensemble guitare-basse-batterie-synthé, dontle rythme va crescendo, et accompagné par le crépitement des lumières lesplus aveuglantes de la scène.

Conscient peut-être d'avoir déçu une partie de ses fans, Massive Attack adonc employé les grands moyens pour transposer sur scène ses nouvellescompositions, et parvient à imposer la grande majorité d'entre elles, sanstoutefois faire oublier la faiblesse des autres (Everywhen et NameTaken).

Guillaume Benard, 04/2003

massive attack sur new forms

m o n k e y s a l o n
art + words + visuals
+ music

Melampyre
MP3 gratuits. Entre DJ Shadow et Diabologum

© 1998-2008 Association Milk Box - Tous droits réservés.