
Photo: Julien Barrau (autres photos sur son site Massive Media)
La partie était jouée d'avance pour le groupe de Bristol: porter sur scène un album acclamé aveuglément par la grande majorité de la presse spécialisée ou non (couverture de Trax, rédacteur en chef le temps d'un numéro des Inrockuptibles, trois pages d'articles dans Télérama, etc...), et donc logiquement plébiscité par le public (des milliers exemplaires de 100th Window vendu en quelques semaines, les trois dates du Zénith sold-out depuis plus d'un mois).
Pourtant, pour les fans qui suivent le groupe depuis leurs débuts et qui ont déjà pu assister à une de leurs prestations scéniques, les choses se compliquaient quelques peu. Après une tournée consécutive à Mezzanine assez calamiteuse, qui ne restituait en rien les émotions du troisième album et des précédents, et après une attente interminable de cinq ans ayant débouchée, non seulement sur la désertion du groupe de deux des trois membres fondateurs, mais également sur un quatrième album dont la moitié des titres sont totalement insipides, Robert Del Naja, alias 3D, seul aux commandes du nouvel opus, était sérieusement attendu au tournant.
La première partie ne viendra pas me rassurer.
Devant une salle comble, venue pour assister à un concert trip-hop et électro, Dot Allison accompagné d'un illustre inconnu livrera un set acoustique guitare-chant totalement hors sujet, bien que très correctement exécuté, pendant plus d'une demi-heure, temps au bout duquel le duo a été contraint à l'abandon face aux sifflets et autres protestations des spectateurs.
A cela s'ajoute une attente de plus de trois quart d'heure entre la fin de la première partie et le début de la prestation de Massive Attack, durant laquelle on essaye de faire patienter le public avec des samples instrumentaux des dernières compositions, déjà entendus sur la nouvelleversion de leur site.
Autant dire que lorsque les lumières s'éteignirent enfin et que les musiciens prirent place, il fallait une sacrée dose de talent pour faire oublier que ce désastreux début de soirée était facturé 40 euros.
Pour être honnête, le premier morceau, Future Proof qui ouvrait également100th Window, déçoit. La violence du son paraît peu adaptée à l'ambiancemoderne et froide de la composition, qui était une des bonnes surprises decette nouvelle livraison, et 3D semble se contenter du minimum ne prenantpas la peine de véritablement chanter comme il le fait sur l'album. Cependant, la relative faiblesse de l'interprétation est compensée par des visuels intéressants. Succédant à la noirceur de Mezzanine, album pour lequel la formation avait opté pour des concerts aux ambiances très sombres, 100th Window dépeint un tout autre univers, moderne, froid,paranoïaque et claustophobe, rapellant l'esthétique du film Matrix. Sur l'écran géant défilent donc des chiffres, et des caractères, sans sens particuliers, du langage binaire, donnant l'impression d'avoir à faire à un écran ordinateur. On aura le droit, plus tard dans la soirée à des extraits de l'actualité, aux dernières tendances de la bourse, et même à la météo. Letout est difficile à retranscrire par écrit, mais ces visuels étaient un despoints forts du concert, chacun s'adaptant à merveille au style et même aurythme du morceau qu'il accompagnait.
Après Name Taken, fade visuellement et auditivement, interprété par unHorace Andy pourtant égal à lui-même, arrive un des grands moments duconcert. Risingson, premier single et pilier de Mezzanine, est d'autant plus marquant qu'il célèbre le retour dans la formation bristolienne deGrant Marshall, alias Daddy G, grand absent de l'album mais néanmoinslargement acclamé par le public. Sur l'écran géant s'affichent de haut en basdes séries de langage binaire jusqu'à la première pause du morceau, où leschiffres laissent place à une longue inscription en arabe sur fond blanc,qui s'effacera, dès que le rythme reprendra, pour laisser apparaître uneséries d'interrogations narquoises, défilant en boucle de bas en haut, quel'on imagine adressées à Tony Blair et Georges W. Bush, et à ceux qui onttenté de faire taire le groupe et ses engagements pacifistes lors del'assaut en Irak, usant d'obscures accusations de détention d'imagespédophiles par 3D.
"Le terme ONU est-il toujours approprié?"
"Où sont les armes de destruction massive?"
"Le monde est-il plus sûr maintenant?"
Ovation.
Durant presque deux heures, et deux rappels, le groupe jouera une partie desmorceaux du dernier album dont Everywhen, Antistar, Special Cases -interprété non pas par Sinead O'Connor mais par Dot Allison qui se chargeraégalement de Teardrop - Inertia Creeps, Angel, Mezzanine, maiségalement Safe from Harm, chanté par Deborah Miller, ou encore UnfinishedSympathy et Hymn Of The Big Wheel.
Cependant, l'imposant dispositif sonore et visuel utilisé, qui surprend chezun groupe de ce style, est à double tranchant. Si certaines compositions enbénéficient, se trouvant ainsi revalorisées (on pense notamment à ButterflyCaught, transparent sur le dernier album, qui prend vie grâce aux effetsvisuels et à la puissance sonore, allant même jusqu'à donner l'envie deredécouvrir la version studio du titre une fois le concert fini), d'autresen revanche, en pâtissent. C'est le cas de Black Milk notamment, titrevéritablement crépusculaire de Mezzanine, ici noyé sous un déluge debasses où se perd la magnifique voix de la chanteuse. Dommage.
Pourtant, le tracklisting, assez intelligent, semble tenir compte de cefacteur, tant la majorité des titres séduisent.
Le final du deuxième rappel sera tonitruant (peut-être même un peu trop augoût de certains). L'instrumental qui vient clôturer Group Four est torturépendant quelques minutes par l'ensemble guitare-basse-batterie-synthé, dontle rythme va crescendo, et accompagné par le crépitement des lumières lesplus aveuglantes de la scène.
Conscient peut-être d'avoir déçu une partie de ses fans, Massive Attack adonc employé les grands moyens pour transposer sur scène ses nouvellescompositions, et parvient à imposer la grande majorité d'entre elles, sanstoutefois faire oublier la faiblesse des autres (Everywhen et NameTaken).
Guillaume Benard, 04/2003
F.B., le 15/09/2003:
je suis de l'avis de Jdb, pourquoi dépenser 40 euros :) en se disant:" je les attend au tournant."
Peut etre attendait il un spectacle à la star Ac?
Jdb, le 19/08/2003:
Je suis loin de partager la déception de Guillaume. J'ai vu MA à Wechter et à Cannes et je les avais vu à Juan lors de la tournée de Mezzanine.
Je ne comprend pas comment des amateurs de musique peuvent aller à un concert en se disant "Ha, je les attends sérieusement au tournant". C'est la meilleure façon de se gacher le plaisir. Trouver la finale (Group Four) trop tonitruante, c'est n'importe quoi. Un concert sans un morceau qui pète tout à la fin, c'est pas un concert ;-) Non, mais sans rire, leur version Live de Group Four, je l'écouterais bien en boucle jusqu'à la fin de mes jours tellement c'est puissant. Cette montée interminable est véritablement orgasmique.
Massive Attack est un groupe à voir sur scène. C'est génial...visuellement et musicalement génial...
Moi, j'aime...
No Protection, le 17/08/2003:
J'ai vu le concert à Cannes et pour avoir vu la tournée de Mezzanine à Juan-les-Pins, je partage l'avis de Guillaume Benard.
L'album et la tournée est bien en deça de ce à quoi Massive Attack nous avait habitué. Heureusement que les visuels sont là (rien que pour ça, le concert merite d'être vu).
DarkyBaby, le 12/05/2003:
Certes 100thWindow n'est certainement pas le meilleur album du collectif massive Attack mais cela reste tout de meme un bon album de trip-hop (franchement vous croyez que c'est quelquechose de facile que de faire mieux que Mezzanine ???).
Bref ayant pour ma part assité au concert du 25, je dirai que c'etait EPOUSTOUFLANT (je ne tenterai pas de créer d'adjectif).
La présence de Daddy G. montre bien que 3D n'a jamais voulu prendre seul les commandes du groupe, ce n'est pas son ambition. 3D n'est pas Massive Attack seul et sera jamais Massive Attack...mais qui en veut a Daddy G. d'avoir pris une année sabbatique pour s'occuper de son gosse ? il a pas le droit ??????
J.E., le 02/05/2003:
C'était la première fois que je les voyais en Live et franchement j'espérais qu'ils joueraient surtout les anciennes chansons. Ils ont interprété quelques chansons de Blue Lines ( dont Hymn of the big wheel, magnifique), beaucoup de Mezzanine, et bien entendu 100th Window (dont Butterfly Caught qui est ma préférée sur cette album). Vous devez vous demander : mais et Protection ?? Et bien oui, il n'y a eu aucune chanson extraite de cet album, étrange ... Le visuel du groupe était très efficace, parmis les quelques points forts : les questions concernants la guerre en Irak, la liste des budgets militaires de chaque pays du monde, les messages des personnes qui avaient assisté au concert la veille et qui étaient allées sur www.100thwindow.com pour laisser leurs impressions, j'en passe et des meilleurs. D'ailleurs 3D a passé une bonne partie du temps à regarder l'écran ...
Le concert s'est divisé en trois parties : une première introductrice avec quelques morceaux de 100th Window, une seconde expérimentale avec des morceaux de Mezzanine (c'est la partie que j'ai préféré, mais certaines personnes avec qui j'étais venu et qui ne connaissaient pas le groupe n'ont pas aimé), puis la partie "nostalgie" avec les titres de Blue Lines (moment très très fort du concert : Hymn of the big Wheel).
florence, le 01/05/2003:
tout à fait d'accord avec Julien.je n'ai pu assister qu'au show du 25(les autres étaient complets) et je peux vous assurer que c'est le plus beau concert de ma vie. je suis une grande fan de Massive Attack depuis un moment déjà (jamais assisté à un de leurs concerts avant 100th window) mais depuis le live je suis encore plus...fan. d'ailleurs je vais les voir à Lyon en juin..donc pas du tout d'accord avec vous, honnetement, je suis persuadée que vous n'êtes pas vraiment fan du groupe pour le descendre comme ça, libre à vous...mais n'essayez pas d'influencer les autres surtout les fans potentiels qui ne demandent qu'à connaitre un peu mieux le groupe. il est clair que 100th window est un peu "dur" à l'écoute les premières fois...c'est tout un univers à apprivoiser...une fois que c'est fait c'est un pur moment de bonheur!
Raoul Duke, le 01/05/2003:
Rien a ajouter par rapport au propos de Julien, il a tout dit.
Quelle claque.
100th est un superbe album et sur scène c'est trop du bon.
Julien, le 01/05/2003:
Adoré ce show, et le bonheur fut crescendo tout au long de ces 3 dates du Zenith.
Dot vous aura parue un peu faible le 23. Il faut se dire qu'enchainer devant Dee, Horace, Dee+Gee, c'est pas facile quand même.
Mais enfin, elle était beaucoup plus à l'aise le 25, et je lui tire mon chapeau.
Sinon, beaucoup aimé les chansons de Horace, surtout Everywhen, avec de nouveaux sons électros rajouté pour l'ocase live. Vivement 100th redux.
La date du 23 où je suis resté sagement sur les gradins, comparé à l'hystérie des 24 et 25 juin au ras de la scène, cette première date me permet de dire en toute objectivité que ce groupe assure vraiment sur scène, qu'ils réussissent à faire ressortir ce que j'aime de leur chansons studios en puissance 10000.
Julien, fan, et pas du tout déçu par 100th window live et studio, ce dernier étant certes moins abordable que les précédents, mais tout autant appréciable une fois la bête domptée.
La plupart (tous?) des fans que je connais auront fini par adorer 100th window, donc aucune déception de notre côté, contrairement à ce qu'on peut entendre ;o)