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Mr Scruff, Trouser Jazz

Il y a trois ans paraissait sur Ninja Tune le premier album d'un prodige qui avait déjà fait ses marques sur des labels aussi prestigieux que Cup Of Tea et Grand-Central : Mr Scruff.
Très rapidement, le disque connut un véritable succès dans toute l'Europe et Mr Scruff devînt l'une des figures les plus emblématiques du crew des ninjas. Un de ses meilleurs morceaux illustra même une publicité pour France Télécom. Bref, Mr Scruff avait largué un très bon premier album qui réussissait le tour de force d'être jovial tout en étant profond. C'est donc avec impatience que tout le monde a attendu ce Trouser Jazz prometteur, second essai qui aurait dû propulser son auteur au rang des classiques du downtempo.

Déception. Après Here We Go, introduction teintée de hip-hop simpliste et peu surprenante commence un album véritablement inégal voire plutôt banal. Sweetsmoke donne dans la house de dessin animé, titre fêtard et sympathique mais résolument plat. La voix jazz de Seaming To accompagne un convaincant Beyond alors que Andy Carthy, dit Scruff, enchaîne immédiatement avec son désormais célèbre Schrimp, groove comme pas deux mais qui ne restera pas dans les mémoires. C'est fun, ça glousse dans tous les sens mais la recherche est inexistante. Le disque en est presque à sa moitié que déjà le fossé entre Trouser Jazz et le premier album se fait sentir. Au-delà d'un travail appliqué, plusieurs morceaux manquent cruellement d'une notion abstraite que l'on appelle l'âme.

Par la suite Shelf Wobbler s'impose probablement comme meilleur titre de l'album. Bien que très simple dans sa conception, cette hymne à la fois electro-jazz et tribal a le mérite de poser ses samples là où il faut, et de construire une mélodie solide. Giffin continue dans la même veine house et ludique un peu trop conventionnelle tandis que Champion Nibble s'apparente à un long breakbeat entrecoupé de solos de saxophone assez plaisants, quoique peu original. Enfin, la réédition de l'excellent et mécanique Ug en fin d'album permet enfin d'écouter un bon plat du Scruff d'antan. Mais ce joyau n'étouffe pas les faiblesses de Vibrate: les rappeurs de Braintax ne sont pas aidés par ce rigolo simulacre d'instrumental rap à l'intérêt obscur. L'album s'achève sur un Ahoy There bien foutu et parsemé de voix samplées qui feront chaud au cœur des nostalgiques. Bilan mitigé.

Trouser Jazz sera, selon les mentalités, à moitié réussi ou bien à moitié raté. Nombre de ses morceaux demeurent honorables mais sont fabriqués de manière prévisible, avec un traditionnel binôme couplet-refrain qui obstrue toute innovation. A ce niveau, Mr Scruff colle plus des samples sur un beat qu'il ne fait de la musique. L'auditeur sera certainement ravi de retrouver l'ambiance déjantée du bonhomme, mais peu de titres passeront l'épreuve du temps : Trouser Jazz est le disque de l'instant mais l'oubli guette.

Amrith, 11/2002

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Ninja Tune/Pias, 2002

Here we go
Sweetsmoke
Beyond
Shrimp
Come alive
Shelf wobbler
Giffin
Valley of the sausages
Champion nibble
Come on grandad
Vibrate
Ug
Ahoy there!

Mr Scruff, Trouser Jazz
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