Que reste-il aujourd'hui des journalistes qui à la fin des années 60 défrichaient les nouveaux territoires sonores, et en particulier le rock, à coup de reportages au long cours, immergés au cœur des révolutions musicales? Peut-être faute d'une réelle relève, et plus certainement grâce à son appétit insatiable de nouvelles aventures, c'est Nik Cohn, l'un des pères de la rock-critic, qui s'y colle à nouveau. A soixante ans passé, le nouveau millénaire tout juste entamé, l'écrivain et journaliste anglais décidait de s'immerger totalement dans la musique urbaine de la Nouvelle-Orléans. Triksta est le récit de cette aventure.
Cohn raconte ainsi à la première personne comment il est revenu dans une Nouvelle-Orléans qu'il décrit comme bien plus violente que du temps où il y accompagnait The Who en tournée. Surmontant ses appréhensions, il décide de s'y installer et approfondit sa connaissance du courant rap local, la bounce, style plutôt uptempo et aux paroles souvent salaces ou violentes. Au gré de faits divers impliquant certains acteurs de cette scène, il entre en contact avec des jeunes loups de la bounce. Fort de quelques contacts dans l'industrie musicale, le journaliste tente de produire certains de ces jeunes talents.
Avec un regard toujours très critique, teinté parfois d'auto-dérision, Nik Cohn dépeint aussi bien le contexte social et culturel que les personnages avec lesquels il tente de produire de la musique, n'épargnant pas leurs défauts et contradictions. On peut donc ne rien connaître à la bounce, ou même au rap, et apprécier ce livre remarquablement écrit, qui conte une aventure exceptionnelle, faite d'amour et de haine, dont l'épilogue tragique ne fait que renforcer la l'universalité.
Florian, 12/2006
Editions de l'Olivier, 2006
