Le dossier de presse a beau nous présenter les cinq membres de Pest comme des êtres éminemment méchants, mais franchement on a à peine à qu'ils soientautre chose que des fêtards invétérés couplés à des musiciens de génie. Quoiqu'il en soit, ce groupe débarque comme une des révélations de l'année.
Necessary Measures n'est ni plus ni moins qu'un melting-pot sonore de 50 minutes environ, d'une cohérence qui laisse pantois, tant les styles abordésy sont variés et habilement mêlés. Difficile, en effet, d'inscrire Pest dansun courant musical bien défini, à l'instar de certains de leur compères deNinja Tune, comme, dans un tout autre registre, les boss du label, Coldcut.
Ces dix instrumentaux (si l'on ne tiens pas compte des boucles vocales très présentes) peuvent, tour à tour, faire penser à un jazz moderne eténergique, à du funk remis au goût du jour, ou encore à du hip-hop débarrasséde tous ses clichés encombrants, sans que aucun ne parvienne à opter pour unstyle particulier. Et c'est tant mieux. De ce fait, sur Jefferson Shufflepar exemple, on assiste tout d'abord au mariage de samples vocaux délirants,de violons, et de beats appuyés, pour ensuite basculer dans une balladetotalement décalée, et enfin revenir en fanfare à l'hymne introductif.L'ensemble, hétérogène dans le bon sens du terme, possède néanmoins commefil conducteur, une ambiance festive et dansante indéniable. Les titresrentrent pour la plupart directement dans le vif du sujet (Duke KerbCrawler avec ses cymbales et ses cuivres, Murda et son rythme électroépileptique), et quand ce n'est pas le cas, il faudra vous attendre à unchangement de cap soudain, comme sur Slap On Tap, on l'intro jazzy esttroquée au bout de quelques dizaines de secondes contre un rythmeindescriptible, emmené par des trompettes survoltées, à mi-chemin entre dufunk et du jazz.
Malgré le nombre impressionnant de couches superposées, le résultat est(très) loin d'être indigeste. La production touche à la perfection, tant onpeut difficilement discerner les instruments samplés de ceux effectivementjoués. Un des point fort de ce disque, est l'utilisation desplatines. L'impressionnante technique des deux Dj n'est pas lourdementexploitée dans des démonstrations de scratchs (on aurait pu les rapprocherde celles du loufoque Kid Koala si tel avait été le cas), mais est mise auprofit de la cohérence du disque. Discrètes, les platines ne sont pasomniprésentes au point d'occuper tout le terrain, mais sont habilementmêlées aux autres instruments.
Il est juste regrettable que le mystère qui entoure Pest et son habileté àbrouiller les pistes (pour les apercevoir en concert guetter un collectif dunom de "Spyna Workshop"), vienne brider un succès qui aurait pu être, sansaucun doute, plus important que celui dont semble bénéficier actuellement legroupe. Peut-être une mesure nécessaire pour ne pas entraver l'inspirationdes cinq membres. Dans ce cas, on attend impatiemment la suite.
Guillaume Benard, 05/2003
Ninja Tune/Pias, 2003
Chicken spit
Duke kerb crawler
Jefferson shuffle
Heard year bird moved in
Slap on tap
St Pest
Dr Umz
Moody hoe
Murda
Relief
