Avec le recul, il est clair que Dummy a laissé une trace indélébile dans l'évolution de la musique anglaise. Les publicités ayant pour fond Glory Box ("Give me a reason to be a woman...") et le clip de Sour Times en boucle sur MTV sont des indices qui ne trompent pas. Une génération semble s'être reconnue dans les mélodies amères et attirantes de ce groupe venu d'un petit port triste d'Angleterre.
Strangers nous plonge dans l'atmosphère du groupe: glauque, hésitant entre mélancolie bienfaitrice et désespoir profond. Puisant sa force dans le hip-hop américain, des rythmes durs soutenu par des basses imposantes constituent la trame de base de ce disque. Mais ce qui choque le plus dans les constructions expérimentales de Portishead, c'est l'incomparable beauté qui s'en dégage. It Could Be Sweet par exemple est loin d'être morbide, et s'avère même être une pure merveille: le beat très dub ne fait qu'ajouter à la douce tension de la voix de Beth Gibbons. Chaque air s'accroche à l'auditeur et réussit, loin de toute ressemblance avec une ritournelle pop, le pari de devenir une mélodie intime en rapport avec son histoire. Chaque morceau est différent, et même si Glory Box est loin d'être le plus représentatif, l'album possède une réelle unité, à travers ses arrangements de guitare noisy et ses claviers atemporels.
Parfois imité, mais jamais égalé, cet album constitue le témoignage parfait de la tension de cet automne 94, un chaud-froid parfaitement en phase avec son époque. Tout simplement le spleen idéal.
Florian, 09/2000
Go Beat!/Barclay, 1994
Mysterons
Sour Time
Strangers
It Could Be Sweet
Wandering Star
It's A Fire
Numb
Roads
Pedestal
Biscuit
Glory Box
La version de Dummy disponible en Angleterre ne contient pas le titre It's A Fire.
