Autant être clair tout de suite, on distingue deux sortes de groupes sur scène. D'abord ceux qui se vautrent dans l'autosuffisance et qui ne trouvent mieux à offrir au public que le reflet pur et simple (quand ce n'est pas en pire) de la version studio de leurs titres, accompagnées parfois de reprises totalement hors propos, et bien sûr, des cris compréhensibles des fans qui doivent bien trouver un exutoire à leur colère d'avoir payé une somme indécente pour rester debout à écouter ce qu'ils auraient pu écouter chez eux tranquillement installés dans un fauteuil (j'exagère à peine).
Mais il y a également les groupes qui ne se contentent pas seulement d'effectuer une relecture quasi-totale, parfaite, et éblouissante de leur carrière, aussi modeste soit-elle, mais qui prennent également le risque de la réaliser d'une manière totalement inédite, et qui s'expose donc, soit aux applaudissements soutenus, soit aux huées agrémentées de jets de projectiles divers. Radiohead, au même titre que Portishead fait partie de cette catégorie, capable de jouer jusqu'à deux heures sur scène, aussi bien anciens que nouveaux morceaux, avec une énergie à peine croyable.
Les huit titres présents ici sont quasiment tous issus des deux derniers albums, Kid A et Amnesiac. On passe donc des percussions dévastatrices et du chant survolté d'Idiotheque, au sampling radio (réalisé en live bien sûr...) précédant les accords entêtants de I Might Be Wrong. Le sommet du disque reste cependant la version d'Everything In Its Right Place, entamé au synthé par un Thom Yorke à bout de souffle, mais poursuivie pendant six minutes allant jusqu'à donner au titre un aspect quasi-instrumental.
Certains titres sont même difficilement identifiables tant c'est toute la musique qui a été repensée (là encore j'exagère à peine), à l'image de Spinnig Plates, titre hybride d'Amnesiac, qui est transformé en une chanson, belle à pleurer, sur laquelle la voix de Tom Yorke est à nouveau pleinement exploitée car accompagnée d'un piano et de quelques ondes Martenot. Le résultat est tout simplement bluffant. On perçoit même l'hésitation du public tentant tant bien que mal de trouver quel peut bien être le titre en question.
A noter la présence d'un titre inédit True Love Waits (paraît-il maintes fois joué sur scène), qui vient conclure l'album sur quelques accords de guitare acoustique, venant rappeler que Radiohead est un groupe véritablement à part. Le seul qui, actuellement, sache passer avec brio des ballades pop-rock aux rythmes electro, qui continue à rallier tous les suffrages en changeant sans cesse de direction.
Guillaume Benard, 12/2002
Parlophone, 2001
The National Anthem
I Might Be Wrong
Morning Bell
Like Spinnig Plates
Idiotheque
Everything In Its Right Place
Dollars And Cents
True Love Waits
