New Forms

Radiohead, Kid A

Trois ans seulement séparent Kid A de son prédécesseur OK Computer, acclamé par la planète entière et désigné par la presse spécialisée comme étant l'un des meilleurs disques de l'histoire du rock. Pourtant, à l'écoute des premières notes de ce nouvel album, on en vient à se demander ce qui a bien pu passer par la tête des cinq membres de Radiohead.

Après avoir bouleversé le rock, le quintette d'Oxford semble s'attaquer à un (plusieurs ?) tout autre domaine. Des nappes synthétiques et le chant samplé de Tom Yorke constituent l'armature dépouillée d'Everything in its Right Place. La voix du chanteur est encore maltraitée, filtrée, déformée jusqu'à la rendre incompréhensible sur Kid A, pour accompagner une rythmique électronica venant rappeler les travaux des artistes du label Warp (l'une des influences majeures du groupe sur ses disques récents). Idioteque et Morning Bell sont les véritables piliers antagonistes du disque. Tandis que l'un démontre les talents du groupe à être plus agressif à travers un déferlement de beats électroniques, l'autre se révèle être d'une douceur et d'une fragilité inégalable.

En cherchant bien on trouve néanmoins quelques guitares, vestiges de leurs travaux passés, mais leurs utilisations ont radicalement changé. Seul Optimistic peut être véritablement considéré comme un (bon) titre rock, car ce ne sont pas les quelques notes acoustiques de How To Disappear Completely, noyées sous un flot d'ondes Martenot (instrument inventé par un français dans les années 30, tombé dans l'oubli, mais dont Johny Greenwood, le guitariste, se passionne) qui viendront contredire ce sentiment de changement, de renouveau. Il en va de même pour ces accords électriques samplés et mêlés à une section de cuivres survoltée sur The National Anthem. Ou encore pour le rythme jazz qui se dégage du son de In Limbo. Les instruments classiques d'un groupe de rock semblent donc être passés à la trappe, et c'est maintenant samplers et boîtes à rythmes qui occupent le terrain. La notion de groupe, où chacun occupe un rôle déterminé, paraît désormais totalement obsolète, mais la cohésion de l'ensemble n'en pâtit pas.

Seul Treefingers, sorte d'interlude instrumental planant mais trop long, vient entacher la constante perfection des dix morceaux qui composent ce disque. L'album dans son ensemble ne constitue pas, contrairement à ce que beaucoup ont pu en dire, un suicide commercial, mais plutôt l'aboutissement, un peu brutal certes, d'une transition du rock vers l'électronique déjà annoncée par bribes dans OK Computer. Ce passage est d'autant plus osé, qu'il bouleverse ce qui faisait la force de Radiohead. La voix de Thom Yorke n'est plus mise en avant systématiquement, les envolées lyriques des anciens morceaux font place à un chant plus calme mais tout aussi évocateur.

Qu'est ce qui justifie alors que ce groupe soit aujourd'hui la coqueluche de la critique et communément appelé "le plus grand groupe du monde"?

D'une part, il est clair que le groupe se distingue de la majorité des productions actuelles, toutes catégories confondues. En dix ans de carrière, pas une seule redondance, aucune facilité. Peu de groupes encore en activité, Massive Attack mis à part, peuvent se vanter de ne pas avoir sorti d'album qui ne reprenne les mêmes ficelles que le précédent.

D'autre part, en ces temps de formatage musical et de promotion outrancière, les cinq membres défiaient le système musical en place, en réussissant à imposer à leur maison de disque une sortie sans appui ni de single, ni de clip, mais du strict minimum en matière de communication: quelques pubs dans la presse, des blips (clips de quelques secondes) diffusés sur internet, et des apparitions télévisées distillées au compte-goutte dans des émissions triées sur le volet. Leur tournée s'efforcera également d'éviter les stades et les salles gargantuesques, pour jouer sous un chapiteau que le groupe transporte avec lui. Radiohead se met donc volontairement à l'écart du star system, mais continue à rallier tous les suffrages. Et comble de joie pour les fans du groupe, la suite était annoncée seulement quelques mois plus tard, mi-2001...

Guillaume Benard, 11/2002

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tOftoey, le 02/07/2003:
Non Radiohead ne s'est pas "égaré" comme j'ai pu le lire dans certaines critiques à propos de cet album qui reste un renouveau artisiqiue pour le groupe et continue de nous étonner. En effet, les sons envoutants d'Everything in its Right Place changent radicalement des accords de Creep pourtant, même si cet album reste surprenant pour les fans des débuts rock du groupe, il n'en reste pas moins un merveilleux opus à écouter. Radiohead nous prouve leur richesse musicale ainsi que leurs possibilités créatives cachés. Qui aurait cru qu'un groupe de rock s'initierait à l'électro et arriverait à un coup de maître. Je tombe sous le charme. A écouter absolument : Idioteque, Everything in its right place.

ashitaka, le 11/03/2003:
Cette album est purment un renouveau j'ai été dès le début fan de se groupe et j'avoue avoir mis du temps a m'abituer a se nouveau stil!!Mais au final cette album est une pur merveille et surment pour le groupe une réponse a la musique de plus en plus commercial et aux journalistes qui les qualifiaient comme groupe qui n'évolurait sans doute jamais!!! Avis aux amateur de rock et electro meme de jazz!!!!!!!

Parlophone/EMI, 2000

Everything In Its Right Place
Kid A
The National Anthem
How To Disappear Completely
Treefingers
Optimistic
In Limbo
Idioteque
Morning Bell
Motion Picture Soundtrack

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