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Rjd2, Deadringer

Une sortie du label Def Jux n'est jamais à prendre à la légère. Car il arrive parfois que l'écurie d'El-P de Company Flow balance de sacrés pavés dans la mare stagnante du hip-hop américain. On se souvient notamment de la puissante révélation Cannibal Ox. Mais d'autres fois, la déception pointe son nez et cette irrégularité qualitative du label fait que l'on accueille aujourd'hui anxieusement l'album solo de Rjd2, ex-membre de MHZ. Album qui relève de l'abstract hip-hop comme on l'aime et qui déclenche de nombreuses polémiques depuis sa sortie.

Deadringer n'est pas un disque facile à chroniquer: encensé par toute la presse, apprécié par le grand-public et comparé de manière ostentatoire aux œuvres respectives de Dj Shadow et Moby, l'album semble à priori intéressant. Néanmoins ces analogies témoignent plus d'une argumentation marketing que de la réalité des faits. L'ouvrage débute par The Horror, bande-son réussie et sinusoïdale peu originale mais facilement mémorisable et entraînante. Une parfaite musique de publicité accrocheuse. Smoke And Mirrors, meilleur titre de l'album, évoque effectivement Moby par son côté folk blues et ses voix chantées au refrain, mais sans le surplus de formatage larmoyant propre au musicien techno. Le son synthétique demeure lisse, simple, aussi efficace qu'impersonnel. C'est ainsi qu'après quelques morceaux satisfaisants et plein de punch, Deadringer entame une conséquente série de titres banals et plutôt lassants, entrecoupée de collaborations superflues avec les amis rappeurs du bonhomme. L'ennui s'installe face à des mélodies folk et rock aux samples peu captivants. L'auditeur se voit ensuite dubitatif devant un Rjd2 répétant inlassablement le même schéma de voix blues clamées au refrain sans passion. Incontestablement, il manque de la personnalité à cet artiste sincère mais peu surprenant. Les choses sérieuses reprennent véritablement à partir de Chicken-Bone Circuit, titre sombre parcouru d'ambient et mené par une batterie déconstruite et épileptique: l'unique segment de Deadringer évoquant un tant soit peu Dj Shadow. Les titres suivants, particulièrement l'interlude Take The Picture Off et le solide June avec Copywrite remettent pour de bon le wagonnet sur les rails et concluent l'ouvrage sur de nouvelles ambiances très appréciables.

Rjd2 s'applique consciencieusement mais ne semble pas vouloir quitter les rives du conventionnel : aucun track n'épatera les oreilles averties. Et même si la qualité est au rendez-vous au travers de plusieurs très bons morceaux, Rjd2 ne mérite aucunement le titre de second Dj Shadow que les médias néophytes se sont empressés de lui tailler sur mesure. Deadringer est un bon album, et certainement le disque idéal pour faire découvrir de manière accessible le hip-hop indépendant américain au grand-public. Mais surestimé, il lui manque quelque chose d'important dans tout classique d'abstract hip-hop: une grande louche de charisme.

Amrith, 10/2002

Def Jux/Chronowax, 2002

The horror
Salud
Smoke & Mirrors
Good times roll part 2
Final frontier (feat. Blueprint)
Ghostwriter
Cut out to FL.
F.H.H. (feat Jakki da Motamouth)
A shot in the dark
The chicken-Bone circuit
The proxy
Two more dead
Silver fox
Piste 14
Take th picture off
June (feat. Copywrite)
Work

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