Le hip-hop brittanique est communément considéré comme inexistant par rapport à ses homologues américains ou français. L'une des explications de ce manque de productions hip-hop est notamment l'étonnante vivacité de scènes liées au hip-hop, comme le trip-hop, le big-beat ou la drum'n'bass. Ironie de l'histoire, c'est Ninja Tune, label à tendance expérimentale, qui vient de signer l'un des artistes qui pourrait marquer le renouveau du hip-hop anglais: Roots Manuva.
Rodney Smith n'est pas le genre d'homme à faire les choses à moitié : il rappe et produit sa musique. Premier album, et déjà un son personnel, qui tranche avec le reste de la production hip-hop. Basse en avant, rythmes squelettiques et surtout une idée du sample assez frustre: avec deux ou trois son, il construit des ambiances sombres, envoûtantes, comme sur Movements qui ouvre l'album. Ce qui n'empèche pas l'homme de verser dans un rap festif réjouissant, Fever, comparable aux meilleurs morceaux de De La Soul. Mais l'intérêt principal de ce rapper réside dans sa capacité à intégrer ses origines musicales: un feeling typiquement jamaïcain règne sur de nombreux morceaux. Ainsi Big Tings Gwidarn ou Inna sont imprégnés de sonorités ragga, et le flow de Roots Manuva est très marqué par l'accent carribéen.
Sans esbroufe, et avec très peu d'artifices mais une grande maîtrise du son, Roots Manuva signe un premier album étonnant, et surtout attachant par sa très forte personnalité. Un disque d'une rare qualité, que l'on pourra sans honte ranger entre The Herbaliser et The Roots.
Florian, 11/1999
Big Dada/Ninja Tune/Pias, 1999
Movements
Dem phonies
Juggle tings proper
Inna
Soul decay
Baptism
Strange behaviour
Organ skit
Big tings gwidarn
Sinking sands
Wisdom falls
Roots fi discoteque
Clockwork
Cornmeal dumpling
Fever
Oh yeah
Motion 5000
